36 milliards pour protéger le marché automobile américain

Les familles canadiennes paient leurs automobiles beaucoup trop cher parce que le gouvernement canadien protège le marché automobile américain au Canada.

Pendant que des voitures électriques chinoises neuves se vendent pour l’équivalent de 15 000, 20 000 ou 25 000 dollars canadiens, nous avons été habitués à payer 40 000, 50 000 ou 60 000 dollars pour une voiture neuve, puis à traîner cette dette pendant six, sept ou huit ans. Nous payons le gros prix parce qu’Ottawa empêche une vraie vague de véhicules chinois à bas prix de venir casser le marché.

Et qui paie cette protection? Nous. Les consommateurs. Les familles canadiennes.

Il se vend autour de 1,8 million de véhicules neufs par année au Canada. Si une vraie concurrence faisait baisser de 20 000 dollars le prix moyen payé par véhicule, 36 milliards de dollars resteraient chaque année dans les poches des Canadiens.

Trente-six milliards.

Ce sont les familles qui sortent cet argent. Ce sont elles qui paient les voitures trop chères, les prêts trop gros, les intérêts trop longs, les taxes sur des prix trop élevés. Ce sont elles qui voient leur paie partir dans un véhicule avant d’avoir rempli le frigo.

Et cet argent nourrit tout un système.

Plus la voiture coûte cher, plus les gouvernements encaissent de taxes. Plus le prêt est gros, plus les banques et les sociétés de financement encaissent d’intérêts. Plus le marché reste protégé, plus les grands réseaux de concessionnaires gardent leurs ventes et leurs marges. Les constructeurs déjà installés conservent leurs prix. Et tout au bout, Ottawa protège aussi les emplois et les salaires de l’industrie automobile ontarienne, une industrie déjà soutenue par nos impôts, nos crédits publics et des milliards d’aide.

Tout le monde est protégé, sauf celui qui paie.

Le ménage canadien.

Celui qui signe un prêt de sept ans pour aller travailler. Celui qui voit passer 700, 800 ou 900 dollars par mois pour une voiture avant même l’assurance, l’entretien ou l’électricité. Celui qui remet la viande sur la tablette parce que le paiement de l’auto, lui, est déjà passé.

Une voiture qui coûte 20 000 dollars de moins, c’est 20 000 dollars qui restent dans une famille. C’est un prêt plus petit. Des milliers de dollars d’intérêts en moins. C’est de l’argent pour l’épicerie, le logement, les vêtements, les enfants, les soins dentaires, les dettes. C’est de l’argent pour vivre.

Multipliez cela par 1,8 million de véhicules.

36 milliards de dollars par année.

Et c’est ici que la situation devient révoltante.

Les États-Unis ont lancé une guerre commerciale contre le Canada. Ils frappent nos produits de tarifs. Ils menacent nos industries. Ils attaquent nos emplois. Ils utilisent leur marché pour nous faire mal et nous faire céder.

Et que fait le Canada pendant ce temps?

Il protège le marché automobile américain au Canada.

Nous dressons des barrières devant les voitures chinoises qui pourraient faire chuter le prix payé par nos propres familles afin de préserver le marché de constructeurs liés au pays qui nous frappe.

Il faut mesurer l’absurdité.

Les États-Unis nous attaquent avec leur commerce et nous continuons à protéger leur commerce chez nous.

Nous protégeons ceux qui nous frappent contre ceux qui pourraient faire baisser nos factures.

Et pendant que tout ce beau monde est protégé — constructeurs, grands concessionnaires, banques, sociétés de financement, recettes fiscales, industrie automobile ontarienne — des familles canadiennes comptent les tranches de pain. Des parents ouvrent le frigo et savent qu’il n’y en aura pas assez jusqu’à vendredi. Des enfants partent à l’école sans avoir mangé à leur faim.

C’est dans leurs poches aussi qu’on va chercher l’argent pour protéger ce système.

Nous subventionnons la voiture chère avec le portefeuille de ceux qui ont déjà de la difficulté à remplir leur frigo.

Alors cessons de demander comment protéger le Canada des voitures chinoises. La vraie question est beaucoup plus gênante :

Pourquoi le gouvernement canadien protège-t-il le marché automobile américain contre les familles canadiennes?

Faites entrer 49 000 voitures chinoises et le marché actuel n’a presque rien à craindre. Faites-en entrer 300 000 ou 400 000 à 20 000 ou 25 000 dollars et là, le jeu change. Les constructeurs devront enfin expliquer aux Canadiens pourquoi leur voiture coûte 50 000 dollars quand un concurrent peut leur en offrir une à 25 000.

S’ils peuvent baisser leurs prix, qu’ils les baissent. S’ils peuvent fabriquer moins cher, qu’ils fabriquent moins cher. S’ils ne peuvent pas suivre, qu’ils perdent des parts de marché.

C’est ça, la concurrence.

Le rôle d’un gouvernement canadien n’est pas de garantir aux constructeurs américains un marché protégé au Canada.

Son rôle est de défendre les Canadiens.

Or, aujourd’hui, nous faisons exactement le contraire : nous faisons payer nos familles pour protéger la voiture chère pendant que les États-Unis nous font la guerre commerciale.

Et la facture peut se compter en dizaines de milliards.

36 milliards de dollars par année qui pourraient rester dans les poches des Canadiens.

À ce prix-là, le problème n’est plus seulement le coût d’une automobile.

C’est le prix que le Canada fait payer à ses propres citoyens pour protéger le marché automobile américain.

Patrick Gauthier

On protège les gros. Vous payez la facture.

Vous êtes chez le concessionnaire. L’auto coûte 50 000 dollars. Vous regardez le prix, puis le paiement. Six ans. Sept ans. Vous savez que c’est trop cher. Mais vous avez besoin d’une voiture pour travailler, conduire les enfants, faire l’épicerie. Alors vous signez.

Pendant ce temps, des voitures chinoises neuves se vendent 20 000 ou 25 000 dollars. Ici, on les bloque. Pas pour vous protéger. Pour protéger le marché.

Il se vend près de 1,8 million de véhicules neufs par an au Canada. Si le prix moyen baissait de 20 000 dollars, 36 milliards de dollars resteraient chaque année dans les poches des Canadiens.

Trente-six milliards.

Cet argent, c’est votre argent.

Votre hypothèque. Votre épicerie. Vos dettes. Vos enfants. Votre retraite.

Mais une auto chère fait vivre beaucoup de monde en haut de la pyramide. Les grands groupes. Les concessionnaires. Les banques. Les sociétés de prêt. Les assureurs. Plus l’auto coûte cher, plus le prêt est gros. Plus le prêt est gros, plus les intérêts rapportent.

Alors on protège ce marché.

Quand Temu, Shein ou Amazon frappent les petites boutiques d’ici, on laisse faire. Le petit commerçant perd ses ventes, coupe ses heures, ferme sa porte. C’est le marché.

Mais quand des voitures chinoises à bas prix menacent les gros, là, l’État intervient.

On protège les gros. On laisse tomber les petits. Puis on fait payer les petits pour protéger les gros.

Le travailleur paie. La famille paie. Le jeune paie. Le retraité paie.

Et après, le pouvoir ose appeler ça défendre l’économie canadienne.

Non.

Défendre l’économie, ce serait défendre le pouvoir d’achat des gens. Ce serait laisser les prix tomber. Ce serait forcer les banques, les concessionnaires et les grands groupes à vivre avec moins de marge.

Ce qu’on défend ici, ce n’est pas le pays.

C’est un ordre économique où les profits sont protégés en haut et les sacrifices imposés en bas.

Et quand l’État choisit les intérêts des plus puissants contre le portefeuille de ceux qui travaillent, ce n’est plus de la protection.

C’est une politique de classe.

Trump et le terrorisme économique américain

Il suffit qu’on menace votre travail pour que la peur entre dans votre maison avant même que vous ayez perdu un seul dollar.

Vous pensez au loyer. À l’hypothèque. À l’auto. À l’épicerie. Aux enfants. Vous refaites les comptes dans votre tête. Vous dormez moins bien. Rien n’est encore arrivé, mais quelque chose vous ronge déjà de l’intérieur : la peur de ce qui peut arriver.

C’est là que commence le terrorisme économique américain.

Trump menace d’abord. Dans les médias, sur Truth Social, devant les caméras, il nomme le pays, le secteur ou l’entreprise qu’il veut frapper. Il annonce le coup avant de le porter. Et la peur fait déjà une part du travail. Les patrons gèlent des projets. Les achats sont remis. Les travailleurs se demandent s’ils auront encore leur emploi dans un mois. Les familles commencent à couper avant même d’avoir perdu leur revenu.

Puis il frappe.

Le tarif tombe. Une usine perd des ventes. Elle coupe un quart. Un père perd des heures. Une mère perd son emploi. Le loyer reste le même. L’hypothèque reste la même. Hydro reste à payer. L’auto aussi. Et les enfants doivent encore manger.

Alors on coupe. Le resto. Les sorties. Les habits. Puis la viande. Les fruits. Le lait. On étire ce qu’il reste. On compte les tranches de pain. On garde quelque chose pour les lunchs.

Puis vient le matin où il n’y a plus assez.

Un enfant se lève. Il a faim. Il demande à manger. Sa mère ouvre le frigo même si elle sait déjà ce qu’il contient. Son père regarde dans l’armoire. Il n’y a presque rien. Ils voudraient nourrir leur enfant. Ils ne le peuvent pas.

L’enfant ne sait rien des tarifs, des marchés ou des guerres de commerce. Il sait que son ventre fait mal. Il voit le visage de ses parents. Il comprend qu’il ne faut peut-être pas demander encore.

Puis il pleure.

Voilà où descend la violence économique américaine : dans une cuisine, dans un frigo vide, dans le ventre d’un enfant.

Qu’on ne vienne pas me dire que la faim était là avant Trump. C’est bien ce qui rend cette violence si sale. Quand on sait que des familles tiennent déjà par un fil et qu’on choisit de frapper leur économie pour faire céder leur pays, on sait où le coup va finir.

Trump n’a pas créé toute la misère. Il frappe là où elle existe déjà.

Et il ne se contente pas de frapper. Il annonce ses coups. Il faut que le patron craigne le prochain tarif. Que le travailleur craigne pour sa paie. Que le parent craigne de ne plus pouvoir nourrir ses enfants. Que le pays tout entier se demande ce qui tombera demain.

La menace entre donc dans les maisons avant le tarif. Elle s’assoit à table. Elle serre la gorge. Elle réveille à trois heures du matin celui qui refait son budget dans sa tête. Elle ronge.

C’est la méthode de l’intimidateur : faire peur avant de frapper pour que la victime commence déjà à céder.

C’est du terrorisme économique américain.

Trump en est le visage le plus cru, mais il n’agit pas seul. Le gouvernement des États-Unis porte ces choix. Les élus qui les appuient en portent leur part. Un pouvoir d’État se sert du poids des États-Unis pour intimider, frapper et faire plier d’autres peuples.

Trump aime jouer au dur.

Je vois un intimidateur qui frappe plus petit que lui. Un homme qui brandit la menace pour que des millions de gens commencent à avoir peur avant même que le coup arrive. De la violence commerciale maquillée en politique de commerce.

Et pendant qu’il lance sa prochaine menace devant les caméras, quelque part au Canada, une mère compte les repas qu’il reste jusqu’à vendredi.

Son enfant a faim.

Il pleure.

Ça, c’est la violence économique américaine.

Ça, c’est le terrorisme économique américain.

Patrick Gauthier