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On protège les gros. Vous payez la facture.

Vous êtes chez le concessionnaire. L’auto coûte 50 000 dollars. Vous regardez le prix, puis le paiement. Six ans. Sept ans. Vous savez que c’est trop cher. Mais vous avez besoin d’une voiture pour travailler, conduire les enfants, faire l’épicerie. Alors vous signez.

Pendant ce temps, des voitures chinoises neuves se vendent 20 000 ou 25 000 dollars. Ici, on les bloque. Pas pour vous protéger. Pour protéger le marché.

Il se vend près de 1,8 million de véhicules neufs par an au Canada. Si le prix moyen baissait de 20 000 dollars, 36 milliards de dollars resteraient chaque année dans les poches des Canadiens.

Trente-six milliards.

Cet argent, c’est votre argent.

Votre hypothèque. Votre épicerie. Vos dettes. Vos enfants. Votre retraite.

Mais une auto chère fait vivre beaucoup de monde en haut de la pyramide. Les grands groupes. Les concessionnaires. Les banques. Les sociétés de prêt. Les assureurs. Plus l’auto coûte cher, plus le prêt est gros. Plus le prêt est gros, plus les intérêts rapportent.

Alors on protège ce marché.

Quand Temu, Shein ou Amazon frappent les petites boutiques d’ici, on laisse faire. Le petit commerçant perd ses ventes, coupe ses heures, ferme sa porte. C’est le marché.

Mais quand des voitures chinoises à bas prix menacent les gros, là, l’État intervient.

On protège les gros. On laisse tomber les petits. Puis on fait payer les petits pour protéger les gros.

Le travailleur paie. La famille paie. Le jeune paie. Le retraité paie.

Et après, le pouvoir ose appeler ça défendre l’économie canadienne.

Non.

Défendre l’économie, ce serait défendre le pouvoir d’achat des gens. Ce serait laisser les prix tomber. Ce serait forcer les banques, les concessionnaires et les grands groupes à vivre avec moins de marge.

Ce qu’on défend ici, ce n’est pas le pays.

C’est un ordre économique où les profits sont protégés en haut et les sacrifices imposés en bas.

Et quand l’État choisit les intérêts des plus puissants contre le portefeuille de ceux qui travaillent, ce n’est plus de la protection.

C’est une politique de classe.

Trump et le terrorisme économique américain

Il suffit qu’on menace votre travail pour que la peur entre dans votre maison avant même que vous ayez perdu un seul dollar.

Vous pensez au loyer. À l’hypothèque. À l’auto. À l’épicerie. Aux enfants. Vous refaites les comptes dans votre tête. Vous dormez moins bien. Rien n’est encore arrivé, mais quelque chose vous ronge déjà de l’intérieur : la peur de ce qui peut arriver.

C’est là que commence le terrorisme économique américain.

Trump menace d’abord. Dans les médias, sur Truth Social, devant les caméras, il nomme le pays, le secteur ou l’entreprise qu’il veut frapper. Il annonce le coup avant de le porter. Et la peur fait déjà une part du travail. Les patrons gèlent des projets. Les achats sont remis. Les travailleurs se demandent s’ils auront encore leur emploi dans un mois. Les familles commencent à couper avant même d’avoir perdu leur revenu.

Puis il frappe.

Le tarif tombe. Une usine perd des ventes. Elle coupe un quart. Un père perd des heures. Une mère perd son emploi. Le loyer reste le même. L’hypothèque reste la même. Hydro reste à payer. L’auto aussi. Et les enfants doivent encore manger.

Alors on coupe. Le resto. Les sorties. Les habits. Puis la viande. Les fruits. Le lait. On étire ce qu’il reste. On compte les tranches de pain. On garde quelque chose pour les lunchs.

Puis vient le matin où il n’y a plus assez.

Un enfant se lève. Il a faim. Il demande à manger. Sa mère ouvre le frigo même si elle sait déjà ce qu’il contient. Son père regarde dans l’armoire. Il n’y a presque rien. Ils voudraient nourrir leur enfant. Ils ne le peuvent pas.

L’enfant ne sait rien des tarifs, des marchés ou des guerres de commerce. Il sait que son ventre fait mal. Il voit le visage de ses parents. Il comprend qu’il ne faut peut-être pas demander encore.

Puis il pleure.

Voilà où descend la violence économique américaine : dans une cuisine, dans un frigo vide, dans le ventre d’un enfant.

Qu’on ne vienne pas me dire que la faim était là avant Trump. C’est bien ce qui rend cette violence si sale. Quand on sait que des familles tiennent déjà par un fil et qu’on choisit de frapper leur économie pour faire céder leur pays, on sait où le coup va finir.

Trump n’a pas créé toute la misère. Il frappe là où elle existe déjà.

Et il ne se contente pas de frapper. Il annonce ses coups. Il faut que le patron craigne le prochain tarif. Que le travailleur craigne pour sa paie. Que le parent craigne de ne plus pouvoir nourrir ses enfants. Que le pays tout entier se demande ce qui tombera demain.

La menace entre donc dans les maisons avant le tarif. Elle s’assoit à table. Elle serre la gorge. Elle réveille à trois heures du matin celui qui refait son budget dans sa tête. Elle ronge.

C’est la méthode de l’intimidateur : faire peur avant de frapper pour que la victime commence déjà à céder.

C’est du terrorisme économique américain.

Trump en est le visage le plus cru, mais il n’agit pas seul. Le gouvernement des États-Unis porte ces choix. Les élus qui les appuient en portent leur part. Un pouvoir d’État se sert du poids des États-Unis pour intimider, frapper et faire plier d’autres peuples.

Trump aime jouer au dur.

Je vois un intimidateur qui frappe plus petit que lui. Un homme qui brandit la menace pour que des millions de gens commencent à avoir peur avant même que le coup arrive. De la violence commerciale maquillée en politique de commerce.

Et pendant qu’il lance sa prochaine menace devant les caméras, quelque part au Canada, une mère compte les repas qu’il reste jusqu’à vendredi.

Son enfant a faim.

Il pleure.

Ça, c’est la violence économique américaine.

Ça, c’est le terrorisme économique américain.

Patrick Gauthier

Une dictature déguisée en démocratie

Quand j’ai vu le projet de loi 1 de la CAQ, je ne pouvais pas croire que je vivais dans une société capable de faire ça.

Une constitution. Pas une loi ordinaire. Le texte qui définit les règles fondamentales de l’État, ses pouvoirs, ses institutions, les droits des citoyens et, au bout de la chaîne, les conditions dans lesquelles l’État peut contraindre ceux qui vivent sous son autorité : lever des impôts, saisir, condamner, emprisonner, envoyer la police.

L’État revendique le monopole de la violence légitime. Et la CAQ avait écrit elle-même le texte qui devait encadrer ce pouvoir, avant de consulter la population, puis sans prévoir de référendum pour demander aux Québécois s’ils acceptaient cette constitution.

C’est un problème immense de légitimité. On ne peut pas écrire soi-même les règles qui fondent son pouvoir de contraindre une population, puis soumettre cette population à ces règles sans lui demander son consentement.

Il n’y a qu’en dictature qu’une constitution apparaît comme le document par lequel l’État annonce au peuple les règles auxquelles il sera soumis. En démocratie, elle devrait être le document par lequel le peuple annonce à l’État les règles auxquelles il devra obéir.

Je suis indépendantiste. Le pacte fédéral canadien souffre d’un grave problème de légitimité au Québec et je veux qu’on s’en débarrasse. Le Parti québécois porte ce projet d’indépendance et je partage cet objectif.

Mais devenir un pays exige aussi de réfléchir à la manière dont ce pays se donne ses propres règles. Et sur ce point, le projet de loi 1 de la CAQ m’a montré exactement ce qu’il ne faut pas faire : écrire d’abord, consulter ensuite, puis laisser au Parlement le dernier mot.

Une constitution devrait suivre le chemin inverse : une véritable démarche constituante, une participation citoyenne réelle, un débat public, puis un référendum. Oui ou non. Est-ce notre constitution?

C’est là que les mécanismes de démocratie directe deviennent essentiels. Référendums d’initiative populaire, mandat impératif, révocation, initiative citoyenne, consultation directe sur les grandes décisions : ce ne sont pas des gadgets. Ce sont des moyens de rappeler que les élus représentent le peuple. Ils ne le remplacent pas.

On nous a trop longtemps raconté, notamment après 1995, que les Québécois étaient tannés des référendums, tannés d’être consultés, tannés de décider. C’est exactement le contraire. Nous ne souffrons pas d’un excès de démocratie. Nous manquons de pratique.

Un peuple qui veut devenir un pays devrait apprendre à décider souvent, pas seulement une fois tous les quatre ans. Il devrait apprendre à débattre, à trancher, à assumer ses choix, à recommencer. La démocratie ne s’use pas quand on s’en sert. Elle s’atrophie quand on ne s’en sert plus.

Ottawa n’est pas propriétaire du Québec. Et aucun gouvernement n’est propriétaire du peuple qu’il représente. Le pouvoir appartient au peuple, et le peuple n’est pas tanné de la démocratie.

Il est tanné qu’on décide à sa place.

Cette question de légitimité constitutionnelle est aussi au cœur de mon essai Un château de paille — De la clarté constituante, offert gratuitement en téléchargement.

Patrick Gauthier