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L’indépendance ne suffit pas

Je suis indépendantiste avant d’être partisan de la démocratie directe. Mais je ne vois aucune contradiction entre les deux.

Le Parti québécois n’a pas le monopole de la réflexion sur la démocratie. L’indépendance règle une partie essentielle du problème : elle donne au Québec la maîtrise de ses choix collectifs et nous débarrasse d’un palier de pouvoir que je considère comme imposé au Québec.

Mais ça ne suffit pas.

On peut faire l’indépendance demain matin et conserver exactement le même défaut démocratique : élire un gouvernement pour quatre ans, lui donner presque tous les pouvoirs, puis regarder les citoyens attendre la prochaine élection pour pouvoir réagir.

Pendant cinq semaines, les partis font des promesses.

Pendant quatre ans, ils peuvent faire autre chose.

Et entre les deux, le citoyen possède très peu de moyens réels pour intervenir.

C’est là que la démocratie directe devient importante pour moi. Pas comme une religion politique. Comme un coffre à outils.

Référendum d’initiative populaire, droit d’initiative, mécanismes de révocation ou autres formes de contrôle citoyen : il faut que la population puisse intervenir entre deux élections lorsque le gouvernement s’éloigne trop clairement de ce pour quoi il a été élu.

L’indépendance répond à une première question : qui doit décider pour le Québec?

La démocratie directe répond à la deuxième : comment empêcher ceux à qui nous confions le pouvoir de partir avec pendant quatre ans?

Je veux les deux.

Un Québec qui décide pour lui-même.

Et des citoyens qui peuvent encore décider entre deux élections.

Patrick Gauthier

Ils ont les clés de ton fleuve

La loi 69 n’a pas vendu Hydro-Québec. Elle a fait pire — plus tranquille. Elle a déplacé une ligne.

Depuis juin 2025, un producteur privé peut vendre son courant à un voisin. Hydro-Québec peut signer des contrats de gré à gré. Le gouvernement planifie vingt-cinq ans de notre énergie — sans nous. Rien de tout ça ne fait de bruit. Une loi technique ne fait jamais de bruit. C’est pour ça qu’il faut s’en méfier.

En 1962, un peuple vote — pas pour un parti, pour une eau. René Lévesque dit : reprenons la rente. Jean Lesage déclenche l’élection. Le peuple dit oui. Le 1er mai 1963, Hydro-Québec rachète onze compagnies privées. Maîtres chez nous cesse d’être un slogan et devient un fait : le courant se produit ici, avec notre eau, et sa valeur reste ici.

Hydro-Québec est né de ce vote-là.

Le privé n’a jamais complètement disparu — de petites centrales, des producteurs indépendants, puis l’éolien. Notre propre histoire montre le danger : l’exception devient habitude, l’habitude devient système. La loi 69 compte pour ça. Pas parce que Manic-5 sera vendue demain. Une pancarte À vendre plantée devant un barrage réveillerait tout le monde. Une brèche, elle, s’oublie.

Un droit ici. Un contrat là. Une limite déplacée. Rien d’assez gros pour mettre le feu aux rues.

Puis vingt ans passent.

L’électricité n’est pas un patrimoine qu’on regarde. C’est une rente qui travaille. Le fleuve va couler encore quand on sera sous terre. Il va chauffer des maisons et faire tourner des usines qu’on ne verra jamais. Peu de richesses nous attachent d’aussi près à des gens qui ne sont pas encore nés.

Voilà où ça devient une question de morale, pas de politique. Un gouvernement gagne une élection pour quatre ans. Il ne gagne pas le Québec. On lui prête un patrimoine — il l’administre, puis il le remet. Administrer et disposer, ce n’est pas la même chose. Sur l’eau, sur l’énergie, sur le territoire, cette différence-là devrait être infranchissable.

Et pourtant la loi 69 a fini sous bâillon. On referme un dossier qui va peser pendant des décennies, en pleine nuit parlementaire, sans le débat qu’il méritait. Sur un dossier pareil, il fallait l’inverse — plus de lumière, pas moins.

Mais le vrai problème dépasse la CAQ.

Cette fois, c’était elle. Avant, les libéraux ont eu leurs grandes signatures et leurs cadeaux au privé. Demain, ce sera un autre parti, un autre nom, la même main sur le crayon. Les noms changent. Le mécanisme reste.

On vote une fois. On donne les clés pour quatre ans. Après, on regarde. Il dépense, il signe, il engage notre eau, notre territoire, parfois l’avenir de nos enfants — et on ne peut rien arrêter. On peut écrire au député. On peut sacrer devant les nouvelles. On ne peut pas reprendre le crayon avant l’échéance.

Un vote, ce n’est pas un chèque en blanc de quatre ans. C’est encore moins un chèque en blanc de quarante générations. Une décision prise cette semaine à Québec sera encore debout quand nos arrière-petits-enfants ouvriront leur facture d’électricité. Ils n’auront pas voté. Ils vont payer quand même.

La loi 69 date de juin 2025. On a touché à une des plus grandes richesses du Québec et, quinze mois plus tard, le dossier s’efface déjà. Un scandale chasse l’autre. Une réforme chasse l’autre. Puis vient l’élection, et on recommence à zéro.

Le pouvoir connaît notre mémoire courte. Il vit avec.

C’est pour des dossiers comme celui-là que je me présente pour Démocratie Directe. Pas pour remplacer une gang par une autre. Pas pour prendre les clés à mon tour.

Pour qu’on arrête de les donner.

Le jour où un gouvernement voudra toucher à Hydro-Québec, à notre eau, à notre territoire, à un morceau de notre héritage — le peuple ne devrait plus être condamné à regarder faire.

On a assez regardé.

Il est temps que le peuple puisse intervenir.

Chroniques d’un candidat — Le lendemain d’un oui à Démocratie Directe

Pendant une visioconférence, j’ai posé à Adam la question la moins constitutionnelle possible.

Si le Québec dit oui un dimanche soir, lundi matin, on fait quoi?

Je ne demandais pas une autre grande déclaration sur la souveraineté du peuple. J’en avais déjà plein les poches. Je voulais savoir s’il fallait dix jours, dix mois, une deuxième élection ou quelques décennies de comité chargé d’étudier la possibilité de créer un autre comité.

La réponse existe maintenant. Elle tient moins du sermon que du calendrier.

Le premier jour, la Constitution fondatrice et les lois de transition seraient déposées à l’Assemblée nationale. Pendant la première semaine, cinq chantiers seraient déclenchés : l’allégeance des élus au peuple, les comités citoyens, l’imputabilité, la cyberdémocratie et le référendum d’initiative citoyenne. Entre le huitième et le quinzième jour, les responsables et les structures de transition seraient mis en place. Avant la fin du premier mois, la consultation citoyenne commencerait et le tirage au sort de l’Assemblée constituante serait en préparation.

Autrement dit, le lundi matin suivant la victoire, les citoyens ne recevraient pas une Constitution fraîchement imprimée par quelques élus encore chauds de leur élection. Ils verraient plutôt s’ouvrir le chantier qui doit leur permettre de l’écrire.

Entre le trente et unième et le quarante-cinquième jour, 125 Québécois seraient tirés au sort selon des critères destinés à refléter la population. Pas 125 vedettes de panels télévisés. Pas 125 amis du ministre. Des citoyens ordinaires qui, la veille encore, conduisaient un autobus, enseignaient à des enfants, soignaient des patients, réparaient des machines ou cherchaient simplement comment payer l’épicerie sans financer une deuxième hypothèque sur un sac de pommes.

Ils seraient ensuite formés au processus constituant et à la délibération collective. Pendant ce temps, les comités citoyens locaux et régionaux commenceraient à s’organiser. La démocratie descendrait enfin de la colline parlementaire pour aller voir comment le monde vit en bas.

Entre le soixante et unième et le soixante-dixième jour, l’Assemblée constituante tiendrait sa première séance publique. Entre le soixante et onzième et le quatre-vingt-cinquième, la plateforme de participation en ligne ouvrirait. Le papier et les rencontres en personne demeureraient accessibles : la démocratie numérique ne devrait pas transformer l’absence de téléphone intelligent en nouvelle forme d’analphabétisme politique.

Avant le centième jour, les premières consultations publiques seraient tenues et les mécanismes du référendum d’initiative citoyenne commenceraient à fonctionner.

Cent jours, donc, non pas pour rédiger en vitesse la loi suprême d’un peuple entre deux cafés, mais pour lui rendre les outils nécessaires afin qu’il puisse participer au travail.

La Constitution définitive demanderait davantage de temps. Le calendrier publié accorde jusqu’à trois ans à l’Assemblée constituante pour travailler publiquement, consulter la population et rédiger son projet. Ce délai constitue un maximum, pas un objectif de lenteur administrative. Une fois le texte terminé, les Québécois disposeraient encore d’un véritable débat avant de le ratifier — ou de le refuser — lors d’un plébiscite tenu dans les six mois suivants.

Il n’est donc pas question de tenir deux élections bout à bout pour remplacer une équipe de maîtres par une autre. La deuxième grande consultation ne servirait pas à choisir ceux qui décideront. Elle servirait à décider si le texte produit au terme du chantier appartient réellement au peuple.

Bien sûr, un calendrier publié sur un site ne transforme pas automatiquement une ambition en réalité juridique. Le parti affirme que les textes, les lois organiques et le manuel d’opération sont déjà rédigés. Il promet également de publier les analyses juridiques signées qui soutiennent la démarche afin qu’elles puissent être examinées et contestées. Il faudra le faire. La souveraineté populaire ne mérite pas une brochure publicitaire : elle mérite des plans capables de survivre à la lumière.

Mais ma question a maintenant une réponse.

Combien de temps faut-il pour commencer?

Un jour.

Combien de temps avant que les premiers outils appartiennent réellement aux citoyens?

Cent jours, selon le plan proposé.

Et combien de temps pour écrire sérieusement la Constitution d’un peuple?

Le temps nécessaire pour que ce peuple puisse enfin reconnaître sa propre main dans le texte.

Le changement ne consisterait donc pas à remettre au Québec une maison constitutionnelle terminée par le prochain gouvernement. Il consisterait à ouvrir le chantier, à distribuer les outils et, pour une fois, à remettre les clés à ceux qui devront y vivre.

Patrick Gauthier