Il suffit qu’on menace votre travail pour que la peur entre dans votre maison avant même que vous ayez perdu un seul dollar.
Vous pensez au loyer. À l’hypothèque. À l’auto. À l’épicerie. Aux enfants. Vous refaites les comptes dans votre tête. Vous dormez moins bien. Rien n’est encore arrivé, mais quelque chose vous ronge déjà de l’intérieur : la peur de ce qui peut arriver.
C’est là que commence le terrorisme économique américain.
Trump menace d’abord. Dans les médias, sur Truth Social, devant les caméras, il nomme le pays, le secteur ou l’entreprise qu’il veut frapper. Il annonce le coup avant de le porter. Et la peur fait déjà une part du travail. Les patrons gèlent des projets. Les achats sont remis. Les travailleurs se demandent s’ils auront encore leur emploi dans un mois. Les familles commencent à couper avant même d’avoir perdu leur revenu.
Puis il frappe.
Le tarif tombe. Une usine perd des ventes. Elle coupe un quart. Un père perd des heures. Une mère perd son emploi. Le loyer reste le même. L’hypothèque reste la même. Hydro reste à payer. L’auto aussi. Et les enfants doivent encore manger.
Alors on coupe. Le resto. Les sorties. Les habits. Puis la viande. Les fruits. Le lait. On étire ce qu’il reste. On compte les tranches de pain. On garde quelque chose pour les lunchs.
Puis vient le matin où il n’y a plus assez.
Un enfant se lève. Il a faim. Il demande à manger. Sa mère ouvre le frigo même si elle sait déjà ce qu’il contient. Son père regarde dans l’armoire. Il n’y a presque rien. Ils voudraient nourrir leur enfant. Ils ne le peuvent pas.
L’enfant ne sait rien des tarifs, des marchés ou des guerres de commerce. Il sait que son ventre fait mal. Il voit le visage de ses parents. Il comprend qu’il ne faut peut-être pas demander encore.
Puis il pleure.
Voilà où descend la violence économique américaine : dans une cuisine, dans un frigo vide, dans le ventre d’un enfant.
Qu’on ne vienne pas me dire que la faim était là avant Trump. C’est bien ce qui rend cette violence si sale. Quand on sait que des familles tiennent déjà par un fil et qu’on choisit de frapper leur économie pour faire céder leur pays, on sait où le coup va finir.
Trump n’a pas créé toute la misère. Il frappe là où elle existe déjà.
Et il ne se contente pas de frapper. Il annonce ses coups. Il faut que le patron craigne le prochain tarif. Que le travailleur craigne pour sa paie. Que le parent craigne de ne plus pouvoir nourrir ses enfants. Que le pays tout entier se demande ce qui tombera demain.
La menace entre donc dans les maisons avant le tarif. Elle s’assoit à table. Elle serre la gorge. Elle réveille à trois heures du matin celui qui refait son budget dans sa tête. Elle ronge.
C’est la méthode de l’intimidateur : faire peur avant de frapper pour que la victime commence déjà à céder.
C’est du terrorisme économique américain.
Trump en est le visage le plus cru, mais il n’agit pas seul. Le gouvernement des États-Unis porte ces choix. Les élus qui les appuient en portent leur part. Un pouvoir d’État se sert du poids des États-Unis pour intimider, frapper et faire plier d’autres peuples.
Trump aime jouer au dur.
Je vois un intimidateur qui frappe plus petit que lui. Un homme qui brandit la menace pour que des millions de gens commencent à avoir peur avant même que le coup arrive. De la violence commerciale maquillée en politique de commerce.
Et pendant qu’il lance sa prochaine menace devant les caméras, quelque part au Canada, une mère compte les repas qu’il reste jusqu’à vendredi.
Son enfant a faim.
Il pleure.
Ça, c’est la violence économique américaine.
Ça, c’est le terrorisme économique américain.
Patrick Gauthier
