Portrait utilisé pour la chronique Mon profil politique

Mon profil politique

Je ne suis pas très doué pour entrer dans les petites cases politiques. Gauche ou droite? Fédéraliste ou indépendantiste? Nationaliste, progressiste, populiste? Je réponds souvent par une autre question : qui vous a donné le droit de décider à ma place?

C’est là que commence ma politique. Je regarde l’État comme on regarde un vieux château. De loin, il paraît solide : pierres énormes, drapeaux au vent, juges en robe, ministres en cravate, lois bien numérotées. Tout cela donne une formidable impression d’éternité. Puis je m’approche. Je gratte le mortier. Je demande qui a posé la première pierre, qui était présent, qui pouvait voter, qui ne pouvait pas, quelle question a été posée, quelle majorité a décidé, qui possédait l’argent, la presse, les institutions — et surtout qui est resté dehors pendant qu’on construisait la maison.

C’est ainsi que je regarde le Canada. Mais je regarderais exactement de la même façon un Québec indépendant. Je ne veux pas remplacer un maître par un autre et repeindre la porte en bleu. La souveraineté qui m’intéresse n’habite ni Ottawa ni l’Assemblée nationale. Elle habite chez le citoyen.

Je crois aux institutions, justement assez pour leur demander leurs papiers. Je crois aux lois, assez pour demander d’où vient leur légitimité. Je crois aux représentants, mais pas au miracle étrange par lequel déposer un bulletin dans une boîte tous les quatre ans transformerait ensuite des millions d’adultes en figurants priés de se taire jusqu’à la prochaine campagne.

Mon adversaire politique n’est donc pas une langue, une province ou un parti. C’est la confiscation du pouvoir par ceux qui finissent par croire que le fauteuil leur appartient parce qu’ils y sont assis depuis longtemps.

Je veux une démocratie où gouverner signifie encore représenter, où une constitution est un contrat et non une relique, où aucun gouvernement ne peut dire : « Faites ce que je dis. Ne demandez surtout pas comment nous avons fait. »

Je ne veux pas simplement changer ceux qui gouvernent. Je veux changer la relation entre ceux qui gouvernent et ceux au nom de qui ils prétendent le faire.

Je ne cherche pas un nouveau roi pour le château. Je veux rendre les clés à ceux qui vivent dedans.

Patrick Gauthier

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