Voiture abordable — visuel de Patrick Gauthier pour la chronique sur le marché automobile canadien

36 milliards pour protéger le marché automobile américain

Les familles canadiennes paient leurs automobiles beaucoup trop cher parce que le gouvernement canadien protège le marché automobile américain au Canada.

Pendant que des voitures électriques chinoises neuves se vendent pour l’équivalent de 15 000, 20 000 ou 25 000 dollars canadiens, nous avons été habitués à payer 40 000, 50 000 ou 60 000 dollars pour une voiture neuve, puis à traîner cette dette pendant six, sept ou huit ans. Nous payons le gros prix parce qu’Ottawa empêche une vraie vague de véhicules chinois à bas prix de venir casser le marché.

Et qui paie cette protection? Nous. Les consommateurs. Les familles canadiennes.

Il se vend autour de 1,8 million de véhicules neufs par année au Canada. Si une vraie concurrence faisait baisser de 20 000 dollars le prix moyen payé par véhicule, 36 milliards de dollars resteraient chaque année dans les poches des Canadiens.

Trente-six milliards.

Ce sont les familles qui sortent cet argent. Ce sont elles qui paient les voitures trop chères, les prêts trop gros, les intérêts trop longs, les taxes sur des prix trop élevés. Ce sont elles qui voient leur paie partir dans un véhicule avant d’avoir rempli le frigo.

Et cet argent nourrit tout un système.

Plus la voiture coûte cher, plus les gouvernements encaissent de taxes. Plus le prêt est gros, plus les banques et les sociétés de financement encaissent d’intérêts. Plus le marché reste protégé, plus les grands réseaux de concessionnaires gardent leurs ventes et leurs marges. Les constructeurs déjà installés conservent leurs prix. Et tout au bout, Ottawa protège aussi les emplois et les salaires de l’industrie automobile ontarienne, une industrie déjà soutenue par nos impôts, nos crédits publics et des milliards d’aide.

Tout le monde est protégé, sauf celui qui paie.

Le ménage canadien.

Celui qui signe un prêt de sept ans pour aller travailler. Celui qui voit passer 700, 800 ou 900 dollars par mois pour une voiture avant même l’assurance, l’entretien ou l’électricité. Celui qui remet la viande sur la tablette parce que le paiement de l’auto, lui, est déjà passé.

Une voiture qui coûte 20 000 dollars de moins, c’est 20 000 dollars qui restent dans une famille. C’est un prêt plus petit. Des milliers de dollars d’intérêts en moins. C’est de l’argent pour l’épicerie, le logement, les vêtements, les enfants, les soins dentaires, les dettes. C’est de l’argent pour vivre.

Multipliez cela par 1,8 million de véhicules.

36 milliards de dollars par année.

Et c’est ici que la situation devient révoltante.

Les États-Unis ont lancé une guerre commerciale contre le Canada. Ils frappent nos produits de tarifs. Ils menacent nos industries. Ils attaquent nos emplois. Ils utilisent leur marché pour nous faire mal et nous faire céder.

Et que fait le Canada pendant ce temps?

Il protège le marché automobile américain au Canada.

Nous dressons des barrières devant les voitures chinoises qui pourraient faire chuter le prix payé par nos propres familles afin de préserver le marché de constructeurs liés au pays qui nous frappe.

Il faut mesurer l’absurdité.

Les États-Unis nous attaquent avec leur commerce et nous continuons à protéger leur commerce chez nous.

Nous protégeons ceux qui nous frappent contre ceux qui pourraient faire baisser nos factures.

Et pendant que tout ce beau monde est protégé — constructeurs, grands concessionnaires, banques, sociétés de financement, recettes fiscales, industrie automobile ontarienne — des familles canadiennes comptent les tranches de pain. Des parents ouvrent le frigo et savent qu’il n’y en aura pas assez jusqu’à vendredi. Des enfants partent à l’école sans avoir mangé à leur faim.

C’est dans leurs poches aussi qu’on va chercher l’argent pour protéger ce système.

Nous subventionnons la voiture chère avec le portefeuille de ceux qui ont déjà de la difficulté à remplir leur frigo.

Alors cessons de demander comment protéger le Canada des voitures chinoises. La vraie question est beaucoup plus gênante :

Pourquoi le gouvernement canadien protège-t-il le marché automobile américain contre les familles canadiennes?

Faites entrer 49 000 voitures chinoises et le marché actuel n’a presque rien à craindre. Faites-en entrer 300 000 ou 400 000 à 20 000 ou 25 000 dollars et là, le jeu change. Les constructeurs devront enfin expliquer aux Canadiens pourquoi leur voiture coûte 50 000 dollars quand un concurrent peut leur en offrir une à 25 000.

S’ils peuvent baisser leurs prix, qu’ils les baissent. S’ils peuvent fabriquer moins cher, qu’ils fabriquent moins cher. S’ils ne peuvent pas suivre, qu’ils perdent des parts de marché.

C’est ça, la concurrence.

Le rôle d’un gouvernement canadien n’est pas de garantir aux constructeurs américains un marché protégé au Canada.

Son rôle est de défendre les Canadiens.

Or, aujourd’hui, nous faisons exactement le contraire : nous faisons payer nos familles pour protéger la voiture chère pendant que les États-Unis nous font la guerre commerciale.

Et la facture peut se compter en dizaines de milliards.

36 milliards de dollars par année qui pourraient rester dans les poches des Canadiens.

À ce prix-là, le problème n’est plus seulement le coût d’une automobile.

C’est le prix que le Canada fait payer à ses propres citoyens pour protéger le marché automobile américain.

Patrick Gauthier

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