Visuel de la chronique La démocratie ferme à 16 h 30

La démocratie ferme à 16 h 30

Mon argent peut traverser la planète en trois secondes. Ma voix politique, ma voix de citoyen responsable et concerné, elle, doit attendre quatre ans.

Nous avons construit un monde où presque tout fonctionne à distance et en temps réel. Le réseau bancaire international ne dort jamais. On peut virer de l’argent à minuit, signer un contrat depuis son téléphone, tenir une réunion avec Tokyo en déjeunant à Brossard, produire sa déclaration de revenus sans jamais voir un fonctionnaire. Mais essayez donc d’être citoyen. Là, curieusement, la modernité ferme boutique.

Imaginez qu’on modifie les circuits d’autobus que prennent vos enfants pour aller au cégep. Les horaires changent. Les correspondances changent. Un trajet qui fonctionnait ne fonctionne plus. Les étudiants sont directement touchés, les parents aussi, les travailleurs également. On leur répond qu’il y a eu une consultation publique. Parfait. À quelle heure? Où? Qui savait qu’elle avait lieu? Et surtout : combien de jeunes qui attendent leur autobus après leurs cours vont sacrifier leur soirée pour aller expliquer à une organisation de transport comment ils utilisent réellement son réseau?

Voilà le piège. On appelle « consultation publique » un mécanisme qui exige précisément du citoyen ce qu’il a souvent le moins : du temps, de la disponibilité, parfois un déplacement, et surtout de savoir qu’il doit se présenter au bon endroit au bon moment. Ce n’est donc pas vraiment le public qu’on consulte, mais la petite fraction du public qui réussit à franchir le parcours d’obstacles. Puis cette poignée de participants devient l’alibi démocratique parfait : « les citoyens ont été consultés ».

C’est précisément l’un des éléments qui m’a convaincu de choisir Démocratie Directe : la participation citoyenne à distance fait partie du projet. Pas parce que j’ai envie de passer mes journées à voter sur la couleur des bancs de parc. Parce qu’en 2026, nous avons les moyens de demander directement aux personnes concernées ce qu’elles pensent d’une décision qui transforme leur quotidien. Pas seulement à celles qui ont vu passer l’avis, qui étaient libres ce soir-là, qui pouvaient se déplacer et qui aiment suffisamment les consultations publiques pour leur consacrer trois heures après une journée de travail.

Le système bancaire sait que je suis moi. Revenu Québec sait que je suis moi. Mon téléphone sait pratiquement ce que je vais acheter avant moi. Mais demander de manière sécurisée aux usagers du RTL ce qu’ils pensent d’une refonte de leur réseau? Là, soudainement, l’humanité aurait atteint la frontière technologique ultime. On peut déplacer des milliards en quelques secondes, mais consulter sérieusement un étudiant sur son trajet d’autobus semble encore relever de la science-fiction.

Notre démocratie représentative nous demande de choisir quelqu’un, puis de lui remettre les clés pendant quatre ans. Entre deux élections, nous pouvons écrire, pétitionner, manifester, téléphoner, assister à une consultation ou commenter sur Facebook. Tout cela peut être utile. Mais appeler cela une véritable participation citoyenne, c’est généreux. Dans bien des cas, le citoyen peut parler. Rien ne garantit qu’on lui donne réellement une prise sur la décision.

La technologie permettant de faire autrement existe déjà. L’intelligence collective aussi. Les citoyens aussi. Ce qui manque, ce ne sont ni les moyens ni les compétences. Ce sont les portes.

Je ne veux pas seulement qu’on appelle les citoyens lorsqu’il faut choisir le gouvernement. Je veux qu’on les consulte lorsqu’il faut gouverner.

Patrick Gauthier

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